Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 15:42

Après plus de trois ans et demi de bons et loyaux services, le blog cinema chinois va peu à peu céder la place au site chinese movies qui vient de voir le jour.

 

Les articles des années passées seront progressivement revus, corrigés et illustrés pour être mis en ligne sur le site qui continue, comme le faisait ce blog, à réagir à l’actualité du cinéma chinois.

 

Nous pensons ainsi offrir une présentation plus vivante et plus complète de ce cinéma, et surtout plus visuelle, ce qui est la moindre des choses pour le septième art.

 

Nouvelle adresse à retenir :

http://www.chinesemovies.com.fr/

Par cinemachinois
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Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 10:02

Il s’agit de Ren Shan Ren Hai (人山人海) que l’on pourrait traduire par « marée humaine » (cela signifie littéralement ‘des hommes aussi nombreux que les monts et les mers’). Cela porte à vingt-trois le nombre de films en compétition, et à quatre celui des films ‘chinois’, mais c’est le seul venu de Chine continentale.

 

Le réalisateur est en effet le pékinois Cai Shangjun (蔡尚君), auteur du très beau « Red Awn » (红色康拜因), révélé en 2007 au festival de Pusan où il fut couronné du prix FIPRESCI . Nous avons pu voir le film et le réalisateur à Paris l’année suivante lors du Panorama du cinéma chinois de Paris. Le film fut aussi présenté au festival de Vesoul, sous le titre « Les moissons rouges ». C’était son premier film et il laissait augurer de brillants lendemains (1).

 

Inspirée d’une histoire vraie, l’histoire de Ren Shan Ren Hai se passe dans la Chine rurale, c’est celle de la course d’un homme (interprété par Chen Jianbin 陈建斌) qui veut retrouver l’assassin de son frère pour le venger. Il part accompagné d’un vieux copain, et l’aventure prend des allures de road movie, suscitant au détour du chemin des sentiments de colère et de détresse.

 

Le film surprise est une tradition de la Biennale depuis 2006, l’année du Lion d’or inattendu décerné (par Catherine Deneuve) à Jia Zhangke pour Still Life (三峡好人).

 

(1) Voir article du 3 décembre 2008.

Par cinemachinois
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Mardi 6 septembre 2011 2 06 /09 /Sep /2011 23:19

C’est hier cinq septembre qu’avait lieu, à la Biennale de Venise, la première projection du dernier film d’Ann Hui (许鞍华) : « A Simple Life » (《桃姐》).

 

Une histoire vraie

 

La Tao Jie (桃姐) du titre (littéralement ‘grande sœur Pêche’) est une vieille employée de maison qui a passé toute son existence à travailler pour une famille, à Hong Kong. On l’appelait Ah Tao (阿桃) et elle faisait partie des meubles. Pendant soixante ans de service, elle a vu les membres de la famille naître et mourir, émigrer parfois. A 70 ans, elle reste seule à veiller sur le dernier rejeton resté à Hong Kong, Roger, qui travaille dans l’industrie cinématographique.

 

Et puis, un jour, en rentrant du travail, Roger la trouve sans connaissance : elle a eu une attaque. Il l’emmène d’urgence à l’hôpital. Elle ne peut plus travailler et demande à aller dans une maison de retraite. Mais, pendant qu’elle se familiarise avec son nouvel entourage, Roger, lui, réalise combien elle lui manque, et ses visites lui font découvrir la vie qui fut la sienne, dont il n’avait jamais eu la moindre idée. Finalement, la famille offre un appartement à la vieille Ah Tao pour qu’elle y passe tranquillement les jours qui lui restent à vivre. Mais sa santé décline rapidement…

 

« A Simple Life » est l’histoire vraie de la servante de Roger Lee Yan-Lam (李恩霖), qui est cinéaste et producteur, comme son double dans le film : il a en particulier été le producteur exécutif du film d’Ann Hui sorti en 1995 : « Summer Snow » (《女人四十》), dont le scénario, d’ailleurs, a des analogies avec « A Simple Life » - c’est aussi une réflexion sur les rapports avec les personnes âgées.

 

Roger Lee avait promis à sa vieille servante de porter son histoire à l’écran ; quand il en a parlé à l’acteur Andy Lau (刘德), celui-ci, qui est également producteur, l’a trouvée touchante et a décidé de produire le film. Il est en effet co-produit par la société d’Andy Lau, Focus Film (映艺), et Polybona (博纳影业).

 

La touche Ann Hui

 

« A Simple Life » a tout pour faire un mélodrame, mais Ann Hui brouille les pistes, à plaisir, comme à son habitude, et comme dans la vie. Elle fait de son film une comédie triste et tendre, où jamais elle ne permet à la tristesse de s’installer à fond, jusqu’à tirer des larmes.

 

Elle joue en outre de la profession de son personnage principal pour détendre l’atmosphère en invitant le ban et l’arrière ban du cinéma de Hong Kong : Tsui Hark (徐克), Sammo Hung (洪金宝), Ning Hao (宁浩), et même Yu Dong (于冬), le président de Polybona.

 

Mais ce n’est pas une œuvre légère qui passe sans guère laisser de trace. Fidèle à elle-même, Ann Hui en profite pour distiller quelques subtils messages de critique sociale, en particulier sur la dissolution progressive des liens de loyauté et d’affection entre employeurs et employés de maison qui faisaient une partie de la richesse du tissu social de Kong Kong, comme, d’ailleurs, ce fut aussi longtemps le cas chez nous, à la campagne. Mais au-delà, ce sont tous les liens sociaux qui sont en train de se distendre.

 

Son film a l’atmosphère un peu triste et l’arrière goût de satire sociale de ses deux films de la série de Tin Shui Wai, surtout « Night and Fog » (天水围的夜与雾), en 2009, mais beaucoup plus atténué, sans la violence latente de ce dernier film, comme dilué par le passage du temps, ou par quelques restes de la tendresse et la joie de vivre que diffusait son film précédent, l’année dernière : « All about Love » (《得闲炒饭).

 

Le film doit aussi beaucoup aux acteurs, et en particulier aux deux principaux : Andy Lau (刘德) dans le rôle de Roger et Deanie Ip (叶德娴) dans celui de Ah Tao. Ce sont des retrouvailles dans les deux cas : c’est Ann Hui qui a fait débuter Andy Lau au cinéma, dans « Boat People » (投奔怒海), en 1982, il y a déjà près de trente ans ! Par ailleurs, c’est la première fois qu’il joue avec Deanie Ip depuis 23 ans. Née en 1947, celle-ci aura 64 ans en décembre, mais on peine à croire qu’elle en ait autant. Elle a fait un remarquable travail de composition pour ce rôle, aidée d’ailleurs par les maquilleuses.

 

On s’attend à ce que le film soit récompensé à la Biennale, d’une manière ou d’une autre. Le directeur, Marco Müller, a contacté Ann Hui dès le mois de mai, cette année ; mais le film était alors en post-production et Ann Hui n’était pas sure qu’il soit prêt à temps. Il semble être parmi les favoris.

 

Trailer : http://yule.sohu.com/20110906/n318474986.shtml



Note

 

Deanie Ip a commencé une carrière de chanteuse de cantopop dans les années 1980, mais, après quelques désagréments avec son label, s’est retirée en 1988, n’apparaissant que rarement dans quelques rôles secondaires au cinéma.

 

Elle est revenue au cantopop en 2002, et, au milieu des années 1990, a chanté avec… Andy Lau, sortant alors le duo célèbre "教我如何不愛他" (apprenez-moi à ne pas l’aimer), puis, en 2004, "美中不足" (un petit défaut dans une beauté parfaite).

 

Deanie Ip est spécialisée dans les rôles secondaires, pour lesquels elle a souvent été primée.

Par cinemachinois
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Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 21:36

Le dernier film de Gu Changwei (顾长卫), « Love for Life » (), est une chronique de l’amour au temps du SIDA (1), à travers l’histoire tragique de deux victimes du virus, Zhao Deyi (赵得意) et Qinqin (琴琴), qui finissent par trouver ensemble un bonheur fugace dans les derniers moments qui leur restent à vivre.

 

Dans la seconde partie, la santé des deux amants décline, mais celle de Deyi plus vite que celle de sa compagne. Dans une scène qui a été beaucoup commentée, vers la fin du film, il délire, pris d’une forte fièvre. Qinqin s’active à essayer de le rafraîchir à l’aide de serviettes humides, s’épuisant à renouveler l’eau froide qu’elle doit tirer à la pompe.

 

Finalement, elle se plonge elle-même dans une grande cuve d’eau (en  petite culotte, décence oblige, les censeurs veillent), et revient couvrir Deyi de son corps que l’on devine glacé.

 

Voir cette scène à la toute fin du film :

http://v.pptv.com/show/tap8ibmLIOHbZV78.html

 

Il se trouve qu’un célèbre film muet de Frank Borzage comporte une scène très semblable : il s’agit du chef d’œuvre de 1929 « La femme au corbeau », en anglais « The River ».

 

Une jeune femme dont l'amant est emprisonné pour meurtre, rencontre un jeune homme vagabond. Isolés par la nature hostile et les intempéries, ils sympathisent et peu à peu un sentiment amoureux naît entre eux. Ici, pour montrer la force de sa volonté à celle qu’il aime, le héros sort à demi nu par une nuit d’orage. Il est frappé de congestion, et s’écroule, inanimé. Ramené dans son lit, il délire en grelottant. La jeune femme s’étend alors sur lui pour tenter de le réchauffer de sa propre chaleur.

 

Voir la scène dans ces extraits du film (à la 7ème mn) :

http://www.youtube.com/watch?v=q7oBS8Dk1pw

 

La situation est inversée : l’un a de la fièvre, l’autre grelotte, mais l’idée est la même, exprimée dans l’intertitre du film de Borzage : don’t let me die ! C’est aussi ce que dit Deyi à Qinquin…

 

Le parallèle est étonnant.

 

(1) Voir l’article du 18 août 2011.

                                                                                                                                                                        Brigitte Duzan

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Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 13:41

Les conditions de travail des réalisateurs chinois sont devenues vraiment difficiles dans le climat actuel : la censure est non seulement renforcée, mais de plus en  plus aléatoire et imprévisible, si bien que la plupart des cinéastes se réfugient dans des sujets historiques en évitant comme la peste les sujets d’actualité, comme aux pires moments du régime.

 

Explosion

 

On a une petite idée des tensions auxquelles sont soumis les cinéastes quand on apprend l’éclat récent de Feng Xiaogang (冯小刚), en pleine Conférence sur la réforme de la culture. Le cinéaste est réputé, dans la profession, pour ses éclats de colère ; en jouant sur les caractères de son nom, on l’appelle“小钢炮” xiǎo gāngpào, le petit canon. Cette fois, il s’est fait, courageusement, le porte-parole de ses collègues.

 

Selon un article publié le 30 août sur le site du Quotidien du Peuple, il s’est exclamé : « La pression de la censure a été renforcée à l’encontre des réalisateurs et créateurs. Le SARFT [l’organisme de contrôle du cinéma et de la télévision] interprète tout de travers et juge sur des questions de principe. Nombre de modifications exigées [à apporter aux scénarios] frisent le ridicule ». « Ce système stupide, a-t-il ajouté, est en train de porter atteinte à la création cinématographique en l’entravant. » (“伤害和桎梏”着电影创作")

 

Et de continuer : « On définit un film comme « positif » ou « négatif », et c’est devenu le seul critère de jugement des censeurs, mais, en même temps, on demande aux créateurs de faire des œuvres capables de passer à la postérité. Comme si l’on pouvait juger les grands classiques selon qu’ils sont « positifs » ou « négatifs ».  Le résultat, c’est que tout le monde, à l’heure actuelle, préfère se cantonner en terrain neutre et éviter les sujets contemporains, qui risquent être jugés « négatifs ».

 

Contexte

 

Feng Xiaogang a fait cette sortie remarquée dans l’un des forums les plus publics qui soient, à la Conférence pour la réforme culturelle tenue vendredi dernier, 26 août, dans le cadre de la Conférence politique consultative du Peuple chinois ou CCPPC (中国人民政治协商会议), et alors que les dirigeants politiques multiplient les déclarations sur le sujet : ainsi Li Changchun (长春), membre du Comité permanent du Bureau politique du Comité central du Parti, a, depuis quelques mois, appelé urbi et orbi à la ‘réforme du système culturel’, et Jia Qinglin (贾庆林), président du Comité national de la CCPPC, a incité ce même vendredi à « promouvoir la culture socialiste et renforcer l'influence de la culture chinoise ».

 

Selon un communiqué de l’agence Xinhua, Jia Qinglin a affirmé « que le renforcement de la culture socialiste était une condition préalable pour la promotion de la compétitivité du pays et la réalisation du renouveau national ». Autrement dit, ce dont il est question, c’est de faire de la culture un élément clé du ‘soft power’ chinois et de développer « l’industrie culturelle ». On se croirait revenu à des dizaines d’années en arrière, en fait à toutes les périodes de durcissement du régime qui se sont traduites par le musellement des intellectuels.

 

Tristesse

 

Le China Daily faisait état, dans un article du 19 août, d’une pièce de théâtre qui fait courir les foules à Pékin en ce moment, d’abord parce qu’elle est interprétée par un acteur très populaire, Chen Daoming (陈道明), mais aussi parce qu’elle traite de façon déguisée du problème d’une censure devenue absurde, en faisant rire de cette absurdité même.

 

C’est une comédie, intitulée « Les tristesses de la comédie » (《喜剧的忧伤》), qui a pour personnage principal un auteur de comédies, justement, qui doit obtenir le feu vert, pour son dernier projet, d’un militaire récemment revenu du front. Or ce censeur (1) commence par lui dire que « les gens n’ont pas envie de rire en temps de guerre », puis, dans la semaine qui suit, se livre à une analyse serrée du scénario qu’il met en pièces en demandant les révisions les plus délirantes, et les plus hilarantes.

 

Une réception qui a suivi la première de la pièce a bien montré les tensions latentes dans le monde du théâtre et du cinéma. Feng Xiaogang était là, avec son épouse et collaboratrice, l’actrice Xu Fan (徐帆). Il était tellement nerveux en sortant de la pièce, dit-on, que le verre qu’il tenait lui a glissé des mains et s’est brisé en mille morceaux en tombant sur une table en verre ; Xu Fan a alors éclaté en sanglots…

 

« La comédie a tourné à la tragédie », a-t-il écrit plus tard, tristement, sur son micro-blog.

 

Note

(1) Censeur borgne car, comme par un fait exprès, il a perdu un œil à la guerre.

                                                                                                                                                                                    Brigitte Duzan

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